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2000 © Michael Kenna

Le navigateur hollandais Jacob Roggeveen découvre en 1722 l'île de Pâques,… pas un arbre à l'horizon, une végétation rare, et seulement 400 habitants y vivant misérablement.
Sans arbres, donc sans bois ni embarcations, ils ne pouvaient aller pêcher dans l'océan alentour, pourtant riche en poissons de toutes sortes. Divisés en onze clans fortement hiérarchisés, chacun doté d'un chef, ils se disputaient très violemment un territoire d'environ 20 kilomètres sur 15, et ne répugnaient pas au cannibalisme.
Sur l'île, des centaines de statues de pierre fixaient le ciel de leurs yeux vides.

Pourtant, trois siècles auparavant, l'île de Pâques comptait 30 fois plus d'habitants, soit environ 15 000 individus. Couverte d'une haute forêt tropicale, elle abritait une riche faune d'oiseaux terrestres et marins. Le palmier indigène offrait aux insulaires sa sève et ses noix en guise de nourriture, son tronc pour fabriquer de solides embarcations, les fibres de son écorce pour tresser des cordages. Ils en usèrent abondamment. Surtout que...
Surtout qu'ils étaient divisés en plusieurs groupes rivaux. Sous la conduite de leurs chefs et de leurs prêtres, ces groupes érigèrent partout des statues géantes, symboles de supériorité. Pour acheminer ces statues depuis les carrières jusqu'aux emplacements adéquats, il fallait beaucoup de troncs et de cordages, jusqu'au jour où l'île se retrouva sans palmiers.

Les sols devinrent vulnérables à l'érosion, les récoltes diminuèrent. Les oiseaux terrestres furent les premiers à subir une extinction totale. Puis ce fut le tour de la population humaine...
Nous sommes, dit André Lebeau, l’auteur de «L'engrenage de la technique», exactement comme ces habitants de l'île de Pâques.
Nous ne pouvons quitter la Terre.
Perdus qu'ils étaient au milieu de l'océan Pacifique, à 1300 miles de l'île la plus proche, Pitcairn, eux non plus ne pouvaient trouver refuge ailleurs. Nous ne sommes pas plus malins qu'eux : notre cerveau et notre patrimoine génétique sont identiques.

Nous aussi sommes en train de saccager allègrement notre niche écologique.
Lebeau rappelle le diagnostic bien connu sur l'épuisement des ressources et la saturation de l'espace vital, et en tire froidement cette conclusion logique : il est probable que le destin de l'espèce humaine se jouera au cours de ce siècle. Or sa tendance fondamentale est "de se constituer en groupes dotés d'une hiérarchie et qui s'opposent les uns aux autres pour les ressources et pour l'espace".

On se souvient du mot de Bush : "Le mode de vie des Américains n'est pas négociable".
Cette pulsion ancienne, "ancrée dans les bases génétiques du comportement collectif", et mène évidemment au désastre.

Saurons-nous éviter pour la planète le "syndrome de l'Ile de Pâques" ?

Pour ma part je n’y crois pas…